J'ai démarré la journée par une matinée de train, comme un rituel. Il faut, pour quitter Nagasaki, rouler doucement sur des voies sinueuses qui longent la baie d'Omura. On y croise de vastes rizières au milieu desquelles émergent quelques maisons traditionnelles aux toits recourbées et aux lucarnes triangulaires. Une escale à Tosu et je suis arrivé à Kumamoto en fin de matinée.
Il y a beaucoup à voir mais le temps m'est compté, aussi je délaisse le château pour aller visiter le jardin du Suizenji. Comme Hiroshima et Nagasaki, dépourvus de métro, Kumamoto est sillonnée par un réseau de tramway tout droit sortis des années cinquante, lents et bruyants à souhait. Il m'a fallu plus de temps pour faire l'aller-retour depuis la gare que pour visiter le jardin, mais c'est vrai qu'il était joli...
A partir du XVIIème siècle, lorsque Kyoto était encore capitale impériale et la future Tokyo déjà capitale militaire, les samouraïs parcouraient les 53 étapes de la route du Tokaido reliant les deux villes pour aller prêter allégeance à l'empereur. Le Suizenji-koen propose d'impressionnantes reconstitutions des principales étapes, dont le célèbrissime mont Fuji.
C'est en me rendant à Aso, en fin de journée, que j'ai eu le sentiment d'entrer dans le Japon profond. Le petit tortillard nous a trimballé à une allure de tortue sur une voie noyée dans la jungle tropicale, à flanc de colline, longeant un impressionnant précipice. Nous sommes sur le bord de l'une des plus vastes caldeiras du monde (128 km de circonférence).
De l'autre côté de la plaine fertile on voit l'autre bord de la caldeira au-dessus de laquelle viennent s'amonceler de lourds nuages noirs. Pendant que notre frêle esquif est battu par la pluie, des éclairs zébrant le ciel au loin. Ambiance.
La pluie a cessé et la nuit arrive doucement lorsque je pose pied à Aso, minuscule village s'articulant autour de deux routes perpendiculaires. Heureusement j'arrive deux minutes avant la fermeture du centre d'information qui me fournit une carte pour trouver l'auberge de jeunesse. Il faudra bien ça dans ce lieu où aucune inscription n'est traduite en alphabet romain (c'était déjà le cas des gares pour lesquelles j'ai dû mémoriser la forme des kanjis). Il faut traverser le village et aller se perdre dans la campagne pour trouver l'auberge.
C'est dans le dortoir où m'emmène la sémillante tenancière que je fais la connaissance de Julien, un jeune compatriote qui termine au Japon un long périple de cinq mois durant lesquels il traversa la Russie, la Chine, la Thaïlande et j'en oublie sans doute. Nous sympathisons très vite et passons la soirée à discuter avec également un hongkongais trilingue et un motard japonais prénommé Hiro.

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