Durant les premiers temps de son unification, le Japon a longtemps cherché sa capitale. D'abord dans la plaine du Kansai, où se développèrent les grands royaumes : Nara fut l'une des premières à occuper un temps cette position centrale, au VIIIème siècle, mais le bouddhisme de plus en plus puissant finit par menacer le pouvoir temporel, ce qui poussa l'empereur a déménager. Après un passage rapide par Nagaoka, l'empereur Kammu finit par fonder Heian-kyo en 794, inaugurant l'ère Heian qui allait perdurer durant quatre siècles. La « capitale de la paix et de la tranquillité », future Kyoto, regorge encore aujourd'hui des héritages de cette époque. Et notamment quelques deux mille temples...
Au sortir de la gare les rues affichent la même exubérance nippone qu'à Osaka, mais il suffit de quitter les grandes artères pour traverser de superbes ruelles, calmes et typiques, avec des maisons semblant sortir d'un décor de poupées, surplombant un canal charriant quiétude et fraîcheur.
Brice m'a emmené (preuve par l'image) au sanctuaire de Fushimi Inari, fondé au VIIIème siècle, le plus important dédié à Inari (qui signifie le renard). Il comprend de longs chemins de pèlerinage aménagés dans une impressionnante forêt de cyprès sur une colline qui surplombe Kyoto. Les chemins en question sont encadrés de tori rouge-orangé, des sortes d'arches en bois qui sont autant d'offrandes aux dieux, et qui aménagent de curieux couloirs colorés.
Régulièrement on trouve le long du chemin de petits autels de pierre avec des tori miniatures (pour ceux qui n'auraient pas les moyens d'en payer un gros balaise), de nombreuses statuettes de renards assis (toujours affublés de ce qui ressemble à une bavette, mais j'ai l'intuition que la signification est ailleurs), parfois quelques bougies allumées. Le tout offre un lieu impressionnant et hautement spirituel.
En hauteur on a tout loisir d'apprécier combien la moindre parcelle de plaine est envahie de civilisation, de constructions et de béton – le tout systématiquement lézardé par une route ou une voie ferrée suspendue. Faut dire, avec un territoire représentant 70% de la France, et occupé à 70% par des montagnes, il reste peu de place pour placer plus de 127 millions d'habitants, alors on optimise.
En revenant à Kyoto par les mignonnes ruelles de Gion, l'historique quartier des Geishas, nous croisons deux apprenties, des maikos, fardées et habillées de la moitié de leur poids, et que leurs tongues à semelle compensée en bois obligent à une démarche très droite, un peu guindée mais pas dénuée de charme il est vrai.
L'étape suivante fut Heian-jingu, vaste sanctuaire construit en 1895 pour le 1100ème anniversaire de la fondation de Kyoto, et qui reproduit au deux tiers le palais impérial de la période Heian. La réplique est fidèle jusque dans les flamboyantes couleurs, ce rouge-orangé typiquement shintoïste, et les tuiles bleu-vert des toits recourbés à la chinoise. Et pour ceux que plus d'un millénaire d'histoire laisserait de marbre, je précise qu'on voit Scarlett Johansson s'y promener dans Lost in translation...
A la faveur de la fin de journée, nous sommes allés flâner le long du fleuve Kamo (Kamogawa) avant de nous poser sur sa rive avec quelques bières. Nous venons, comme ces filles en kimono, ces groupes de musique et de nombreux badauds, profiter de la fraîcheur (toute relative) du crépuscule, et de la quiétude de l'endroit. Il fait bon vivre à Kyoto.
(à suivre...)

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